
Dans la veine de ce que pense Donald Trump du réchauffement climatique, en l’occurence que « c’est la plus grande arnaque jamais vue », les Etats-Unis ont annoncé leur retrait du GIEC, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, qui établit des rapports scientifiques sur le sujet.
Selon l’une de ses responsables, Sonia Seneviratne, co-présidente du Groupe de travail I du GIEC les chercheurs américains continueront à y contribuer à titre individuel. Mais l’approbation de ces rapports, elle, se fait par tous les pays, avec ou sans les Etats-Unis: « En quelque sorte, s’ils étaient là, cela aurait aussi un impact avec le gouvernement actuel, qui nie la réalité du changement climatique. Donc ce n’est pas dit forcément que leur présence soit positive. Ce qui est important de dire, c’est qu’à la fin, le dernier mot, c’est les scientifiques qui l’ont.
Plus grave, selon elle: le démantèlement des institutions de références, comme le Centre national de recherches atmosphériques (NCAR) ou l’Agence nationale d’observation océanique et atmosphérique (NOAA) où 900 personnes ont déjà été licenciées, et qui produisent les bases scientifiques pour la communauté des chercheurs : « Cela va vraiment avoir des impacts à long terme ; on parle d’une génération entière de jeunes gens, qui ne vont probablement pas faire de recherches dans ce domaine, des modèles climatiques peut-être qui ne pourront plus être développés, peut-être même des mesures qui vont être arrêtées, des mesures satellites, des mesures au sol, qui nous disent combien de CO2 on a dans l’atmosphère. »
« C’est un énorme autogoal des Etats-Unis »
D’ailleurs, puisqu’ils sortent aussi de la Convention-cadre de l’ONU sur les changements climatiques (CCNUCC), traité fondateur de tous les accords sur le climat, comme ceux de Paris en 2015, « les États-Unis ne sont plus tenus de présenter régulièrement de nouveaux objectifs climatiques », explique par email Felix Wertli, négociateur climatique pour la Suisse à l’Office fédéral de l’environnement. Ni d’annoncer leurs émissions de gaz à effet de serre. « Les États-Unis sont le deuxième plus grand émetteur au monde, après la Chine. C’est de loin le plus grand émetteur historique. Dans ce contexte, le retrait des États-Unis de l’accord de Paris est regrettable. En contrepartie, ils ne peuvent participer aux négociations qu’en tant qu’observateurs. Ils ne sont donc plus impliqués dans le processus décisionnel et ne peuvent plus, par exemple, bloquer des décisions. L’accord de Paris reste toutefois pertinent. La preuve en est qu’aucun autre pays n’a annoncé son retrait. L’accord couvre toujours près de 90 % des émissions mondiales. »
La décision américaine a fait réagir le secrétaire général de l’institution, Simon Stiell : « C’est un énorme autogoal qui rendra les États-Unis moins sûrs et prospères […]. Toutes les autres économies augmentent leurs investissements dans les énergies propres, stimulant la croissance et la sécurité énergétique. »
Le vrai monde en action
Selon Reto Knutti, climatologue à l’EPF de Zurich, et auteur de deux précédents rapports du GIEC, ce retrait américain ne sera pas sans effet : « La CCNUCC est le lieu où les États discutent ensemble des actions à prendre. Si ce forum s’affaiblit, il ne sera plus possible de décider de la direction à adopter et d’évaluer les progrès accomplis. Et dans le pire des cas, cela envoie un signal aux autres pays, qui peuvent aussi faire ce qu’ils veulent. »
Pour Felix Wertli, « dans le même temps, les travaux menés dans le cadre de l’accord de Paris portent de plus en plus leurs fruits et l’abandon des énergies fossiles bat son plein. Les énergies renouvelables se développent plus rapidement que prévu initialement. Dans la plupart des pays, notamment dans les grands pays comme la Chine ou l’Inde, leur potentiel économique est reconnu et de plus en plus exploité. La Suisse continuera à s’engager pour faire avancer les travaux menés dans le cadre des accords et contribuer à renforcer les efforts mondiaux de lutte contre le changement climatique. »
Et même si certains pays ne jouent pas le jeu de la lutte contre le changement climatique, l’ancien vice-président américain Al Gore, qui a reçu le Prix Nobel de la Paix en même temps que le GIEC, tout est loin d’être figé: « Même si les Etats producteurs et les compagnies pétrolières peuvent bloquer au niveau diplomatique, ils ne le peuvent pas dans le vrai monde en action », a-t-il déclaré le 3 janvier 2026 à CNN.
Une dynamique donc déjà bien lancée.









