
C’est un scandale sanitaire majeur au Danemark: le sperme d’un donneur sain, mais porteur d’une mutation génétique augmentant le risque de cancer lorsqu’elle est exprimée, a été utilisé dans la conception de près de 200 enfants à travers le monde. C’est ce que révèle une vaste enquête d’un consortium international de journalistes. De quoi jeter la lumière sur le monde de la procréation médicalement assistée, où les enjeux, en plus d’être sociétaux, sont aussi largement financiers.
Basée à Copenhague, la Banque européenne de sperme est l’une des plus importantes au monde ; elle sert chaque année un nombre non dévoilé de femmes souhaitant procréer. Comme Céline (prénom d’emprunt), qui reçoit un jour un appel de l’institution: « Je décroche. Et là, une femme responsable du service de fertilité m’explique que le donneur dont j’ai bénéficié serait porteur d’un gène muté appelé TP53 ». Une mutation rare mais grave, qui lorsqu’il est exprimée, augmente très fortement le risque de cancer.
Chez le donneur, ignorant qu’il en était porteur, ce gène était silencieux. Mais une vaste enquête révèle aujourd’hui qu’au moins 197 personnes ont été conçu avec son sperme. Et que plusieurs souffrent d’un cancer ; certaines en sont même déjà décédées.
Deux questions se posent alors. Faut-il, d’abord, analyser systématiquement tous les dons de spermes? « La réponse sera difficile et probablement ‘non’, dit Anis Feki, professeur de gynécologie-obstétrique à l’Hôpital cantonal de Fribourg, et Président en exercice de la Société européenne de reproduction humaine et d’embryologie, car les coûts générés pour ces analyses augmenteraient le coût du traitement. »
Spermatozoïdes vendus dans toutes l’Europe
Le second problème est plus interpelant : les spermatozoïdes issus de dons sont souvent vendus à d’autres cliniques à l’étranger, dans ce qui est un business très lucratif. En l’occurrence : dans 14 pays pour la Banque de sperme européenne – mais pas en Suisse. Et si certains pays restreignent le nombre de naissances issues d’un même donneur – c’est huit en Suisse par exemple – d’autres n’ont pas de limite. Sans parler du tourisme de la procréation qui incite certaines femmes à se faire plus facilement inséminer à l’étranger. De quoi, au final, expliquer le scandale danois : « Le système repose sur la confiance, explique Bente Moller, médecin-cheffe chargée de la supervision et de l’orientation Est à l’Autorité danoise de sécurité des patients. La banque de sperme a le devoir de respecter les quotas fixés, tant au Danemark qu’à l’étranger. Dans ce cas, nous devons dire qu’il est inacceptable que 200 enfants aient été conçus à partir d’un donneur spécifique. »
Cette affaire plaide pour un registre des donneurs unifiées au niveau européen. Pour Anis Feki, « c’est le but. Bien sûr, c’est difficile, mais la règlementation est en cours de préparation. Donc le temps que les pays s’accordent sur la définition déjà : un donneur pour combien d’enfant ? Où poser la limite ? » Ensuite seulement commencera l’inclusion des données dans ce registre commun, avec l’insertion d’un code par patiente et un code par donneur. « Mais d’ici à ce que cela se fasse, du temps va passer », indique Anis Feki.
En attendant, au Danemark, le cas a été porté devant la police.












