
Un sanctuaire pour préserver des échantillons des glaciers de montagne vient d’être inauguré au beau milieu de l’Antarctique. L’objectif est de sauvegarder la mémoire des géants de glace menacés par le réchauffement climatique.
C’est à proximité de la station scientifique franco-italienne Concordia, sur une terre glacée du bout du monde, que ces précieuses archives naturelles sont désormais stockées.
Les carottes de glace sont conservées à une dizaine de mètres de profondeur, sans consommation d’énergie, dans un environnement dans lequel la température atteint -54 degrés. Des conditions extrêmes qui devraient rester négatives pendant des siècles, même dans un contexte de réchauffement climatique.
Ces cylindres de glace, pouvant atteindre une centaine de mètres de long et découpés en tronçons d’un mètre, ont été prélevés dans des régions de montagne particulièrement vulnérables. Bolivie, Russie, Tanzanie, Norvège, mais aussi Suisse: les glaciers du monde entier contribuent à cette collection scientifique hors norme.
Ces carottes de glace renferment une mémoire climatique exceptionnelle, parfois vieille de 20’000 ans. Bulles d’air, éléments chimiques, bactéries ou encore virus y sont figés, offrant aux scientifiques de précieuses informations sur l’évolution passée de la planète.
Mémoire climatique vieille de 20’000 ans
« Ces carottes seront conservées ici pour toujours pour les futures générations de scientifiques qui, dans 100 ans, voudront venir voir quel était le climat actuel et passé. Ils pourront ainsi disposer ici d’une ressource extraordinaire à étudier avec des méthodes qu’on ne peut même pas imaginer aujourd’hui », explique vendredi dans le 19h30 Carlo Barbante, professeur de chimie analytique à l’Université Ca’ Foscari de Venise et vice-président de la Fondation Ice Memory.
La préservation de ces carottes est donc jugée urgente, car le réchauffement climatique détruit déjà une partie de ces archives naturelles.
L’analyse des carottes de glace a déjà joué un rôle clé dans la compréhension du changement climatique. Dès les années 1980, leur étude avait permis d’établir le lien entre l’augmentation des températures et la concentration de CO2 dans l’atmosphère, mettant en évidence l’impact des activités humaines sur le climat.
Assurer la gouvernance
Lancé il y a dix ans, ce programme scientifique ambitionne de constituer une véritable bibliothèque mondiale des glaciers de montagne. Les scientifiques espèrent stocker là des échantillons d’au moins 20 glaciers pour des décennies.
Un objectif qui sera possible pour autant que la gouvernance des lieux soit, elle aussi, assurée. C’est ce qu’espère en tout cas Thomas Stocker, professeur de physique du climat et de l’environnement à l’Université de Berne. « Placer ce sanctuaire des carottes de glace sous le régime d’un traité international permettrait d’établir une responsabilité commune pour ce patrimoine unique, de garantir son existence à long terme et d’assurer un accès équitable aux futurs chercheurs », explique-t-il.








