
ANALYSE // La conquête de la lune est redevenue un enjeu majeur entre les grandes puissances mondiales. Les Etats-Unis veulent conserver leur domination face à la Chine, qui progresse rapidement grâce à un programme spatial ambitieux et stable. dans cette nouvelle course spatiale, l’Europe tente également de trouver sa place malgré les changements de stratégie de la Nasa. Entre concurrence, prestige et recherche d’autonomie, chacun cherche désormais à s’imposer dans l’exploration lunaire.
Souvenez-vous de cette image, le 21 juillet 1969 : le premier pas sur la Lune, par un Américain, Neil Armstrong. Ce que les Américains veulent désormais à tout prix éviter, c’est que le premier pas du retour sur la Lune soit celui d’un Chinois. Question de prestige et de domination, mais aussi d’accès aux ressources qu’il y a là-haut.
La course à la Lune entre les Etats-Unis et la Chine, c’est un peu comme le lièvre et la tortue : la seconde est partie tard avec son programme spatial habité, en 1992. Mais depuis : une quinzaine de vols habités, une station spatiale, et plus tard cette année, l’essai en orbite d’un module d’alunissage, qui doit envoyer des hommes sur la lune d’ici 2030.
Donc pour l’heure, la Chine est encore derrière le lièvre américain. Mais avec des financements stables, elle avance à une allure constante, et avec un cap qui ne change pas au gré des soubresauts politiques.
Et que devient l’Europe? Le Vieux Continent est impliquée dans le projet Artemis 2, puisqu’elle a fourni à la Nasa le module de service qui rend la capsule américaine Orion habitable. Mais l’avenir s’annonce plus compliqué. L’Europe était très investie dans la construction du Lunar Gateway, un avant-poste qui devait être placé en orbite lunaire, pour permettre des allers-retours sur la lune.
Mais devant l’urgence de la situation, la nasa vient d’abandonner complètement ce projet, pour aller donc construire une base lunaire. Pour l’Europe, l’impact est double: d’abord, elle était déjà en train de fabriquer des éléments du Gateway à coup de centaines de millions d’euros. Et en contrepartie de ces travaux, elle obtenait un siège dans la fusée lunaire américaine pour un astronaute européen ; et ça aussi, c’est désormais remis en question.
C’est donc un coup dur pour l’Europe spatiale. Le patron de la Nasa a assuré que ce nouveau plan de base lunaire se réaliserait avec les partenaires internationaux, en recyclant certains éléments du Gateway. Mais l’on sent aussi une claire volonté de la Nasa de foncer, quitte à le faire seule.
Mais tout n’est forcément pas si sombre. Car l’Europe veut aussi accroitre sa propre autonomie dans l’espace, notamment avec le développement de l’Argonaute, sorte de camion cargo vers la Lune, lancé avec les fusées Ariane-6, qui pourrait compléter les efforts américains. A l’agence spatiale européenne (ESA), maintenant, de faire preuve d’agilité et de flexibilité pour s’adapter à cette nouvelle donne. Et de prendre des décisions rapidement – ce qui n’est pas toujours facile en Europe. Mais c’est le seul moyen pour rester dans la course à la Lune.












