
Ce jeudi 7 mai 2026, alors que le navire de croisière Hondius poursuit sa route vers Tenerife, où passagers et membres d’équipage doivent être pris en charge dès ce week-end, et que tous les passagers présentant des symptômes ont été désormais évacués, rapatriés et placés en isolement, les autorités sanitaires tentent toujours de comprendre l’origine de la flambée de hantavirus qui a déjà provoqué trois décès et plusieurs cas confirmés.
Les experts rappellent que l’hantavirus est mortel dans près de 40 % des cas. Les scientifiques suivent désormais trois pistes
1. Source de contaminations multiples à bord
D’abord, la présence de rongeurs contaminés à bord, dont les déjections auraient transmis l’hantavirus. Mais le fait que les malades n’aient pas déclaré leurs symptômes en même temps, mais de manière assez espacée, ne plaide pas en faveur de cette thèse
2. Contamination multiple avant le départ
Il se peut aussi que tous les passagers malades aient été contaminés avant le départ du bateau, dans un même lieu, comme un hôtel commun du port de départ, Ushuaïa, dans l’extrême sud de l’Argentine.
3. Contamination unique avant le départ, puis transmission interhumaine à bord
Mais la piste la plus probable reste celle de l’infection d’une personne avant le départ, à travers un rongeur, puis d’une transmission entre passagers à bord. Et cela pour une bonne raison, selon Anaïs Legand, experte technique sur les fièvres hémorragiques virales à l’OMS: « La période d’incubation, qui est le moment entre l’infection par le virus et le début des symptômes, est entre une – et c’est le minimum documenté – et six semaines. On est plutôt autour de deux, trois semaines. Donc l’homme qui était sur le bateau, qui a embarqué le 1er avril et qui a commencé à être malade le 6 avril, n’a pas pu s’infecter sur le bateau ou sur une des îles. »
Mais remonter la piste de ce virus restera compliqué en Argentine, selon Giulia Gallo, virologue au Pirbright Institute en Grande-Bretagne, qui s’est plongée dans la littérature scientifique : « On recense 100 à 200 cas de ce virus chaque année en Argentine. Ces infections sont donc plus fréquentes qu’on ne le croit, car elles se produisent dans une autre partie du monde. Mais comme nous n’y sommes pas encore familiarisés, le grand public se concentre davantage sur d’autres virus plus connus. »
Foyer dans le centre de l’Argentine
Un nouveau foyer a d’ailleurs été identifié tout récemment à Bariloche, dans le centre de l’Argentine, 1500 km plus au nord, tandis que les autorités sanitaires argentines ont annoncé vouloir capturer et analyser des rongeurs à Ushuaïa, ville de départ du navire de croisière. L’hantavirus se transmet généralement par contact avec des rats infectés, leurs excréments, leur urine ou leur salive.
En parallèle, l’Argentine a indiqué avoir envoyé du matériel génétique du virus de la souche concernée, nommée « Andes », ainsi que des équipements de dépistage à plusieurs pays concernés par l’enquête sanitaire, notamment l’Espagne, le Sénégal, l’Afrique du Sud, les Pays-Bas et le Royaume-Uni. Le Ministère argentin de la Santé a par ailleurs annoncé vouloir capturer et analyser des rats à Ushuaïa, d’où est parti le navire. Dans l’espoir de remonter à l’origine de cette flambée de hantavirus.
Cette coopération internationale intervient alors même que l’Argentine a récemment quitté l’Organisation mondiale de la santé (OMS), à l’image des États-Unis, également concernés par plusieurs cas liés au Hondius. Malgré ce contexte politique, les échanges d’informations se poursuivent. Le Directeur général de l’Organisation mondiale de la santé, Tedros Adhanom Ghebreyesus, insiste sur l’importance de cette coordination sanitaire internationale : « Les choses se passent comme avant : nous partageons des informations, et en recevons aussi des États-Unis. Mais, compte tenu de la situation actuelle – qui touche aussi bien l’Argentine que les États-Unis – je pense qu’ils reconsidéreront leur décision, car ils se rendent compte de l’importance de l’universalité pour la sécurité sanitaire. »
Suivi des cas contacts
Pendant ce temps, les autorités sanitaires multiplient les opérations de suivi des contacts afin de retracer les chaînes de transmission. Ce travail a notamment permis d’identifier le passager hospitalisé à Zurich, mais aussi une hôtesse de l’air ayant été en contact avec une femme décédée après avoir débarqué en Afrique du Sud. L’employée de bord a depuis été hospitalisée à Amsterdam.
Les spécialistes rappellent toutefois que la transmission interhumaine du hantavirus nécessite des contacts particulièrement étroits. Le deuxième malade identifié était d’ailleurs l’épouse du premier patient décédé, elle-même morte deux semaines plus tard.
Pour l’OMS, cette flambée reste néanmoins sous contrôle et ne constitue « en rien le début d’une pandémie ».









