
A Genève se tient jusqu’à dimanche le Salon de l’Auto. Les voitures électriques y tiennent le haut du pavé. Leurs batteries sont au cœur d’intenses recherches au niveau mondial, pour les rendre plus sûres, plus petites, et surtout pour augmenter l’autonomie de ces véhicules. Et une révolution est en point de mire. Reportage à Dübendorf et en Corée du Sud.
A Dübendorf, le Laboratoire fédéral d’essai sur les matériaux vient d’installer un nouveau robot. Sa mission : accélérer la recherche sur les batteries du futur. Car une révolution est au coin de la rue, explique Corsin Battaglia, professeur adjoint en physique du solide: » On parle des batteries ‘tout solide’: elles ont un grand avantage au niveau de la sécurité, car elles ne sont plus inflammables. »
Voiture, trottinette, smartphone: les batteries actuelles Lithium-ion ont en effet le fâcheux risque de d’exploser. En cause : le liquide interne de la batterie, qui conduit les charges entre les pôles positif et négatif, mais peut s’enflammer spontanément en cas de surchauffe. Dans les batteries « tout solide », plus de liquide. A la place: une couche dure qui filtre les charges.
Le Graal
Et le Graal, c’est de trouver le meilleur matériau pour la fabriquer. A la clé : un volume plus petit de la batterie. Et un stockage d’énergie accru, de 30 à 50%. De quoi pousser l’autonomie des voitures à 1000 km.
En décuplant la vitesse des tests, ce robot, financé par un programme européen, doit permettre au Vieux continent de rester compétitif : « C’est vrai, il y a une véritable course pour développer une nouvelle technologie de batteries, parce qu’il y a très peu de diversification dans la technologie actuelle, souligne Corsin Battaglia. Et donc celui qui arrive à introduire cette nouvelle technologie dans le marché, il mènera la course. Et c’est l’Asie qui est actuellement en tête, ça c’est vrai.
En Asie, on pense à la Chine, leader du domaine. En embuscade, la Corée du Sud, qui investit 15 milliards de dollars d’ici 2030. Avec déjà des succès : avec son équipe de l’Université Dankook, le professeur Hee Jung Park a établi en laboratoire le record mondial d’efficacité pour cette couche solide médiane. Il vient de publier sa recette: « Nous avons acheté des matériaux bruts auprès d’entreprises chimiques. L’important, c’est ensuite la manière de les mélanger. Je ne sais pas si le processus est abouti à 100%. Mais, je suis sûr que c’est là, la prochaine génération de batteries.
Beaucoup d’effets d’annonce
Une révolution sur laquelle les principaux fabricants, dont plusieurs sont en Corée, misent beaucoup. L’un d’eux nous a ouvert ses portes, exceptionnellement. Pour expliquer que le défi, chez les fabricants, est encore plus grand : « Pour accélérer la commercialisation des batteries solides, nous devons encore améliorer les matériaux impliqués, mais surtout aussi repenser tous les systèmes de fabrication en masse, en tentant si possible de réutiliser les lignes de production des batteries actuelles », explique Seongje Wu, Professional Leader chez SK On, à Daejeon.
Un virage logistique très coûteux sur lequel se tromper serait fatal. Ici, on évoque désormais 2028, voire 2030.
Comme dans tout le secteur : beaucoup d’effets d’annonce donc. Mais qui sont à la hauteur des attentes, très élevées, dans un marché estimé à des milliards de dollars.
(Les images de la partie « reportage » en Corée du Sud, ainsi que les interviews, ont été réalisés par Pascal Jeannerat)












