Des scientifiques de l’UNIL modélisent l’histoire des glaciers en Europe avec une précision inédite

Communauté du Panel RTS ! - ABA

Grâce à la puissance de nouvelles cartes graphiques et à l’intelligence artificielle, des glaciologues de l’UNIL ont simulé avec une précision inédite l’expansion des glaciers en Europe durant des millénaires, ainsi que le transport de milliers de tonnes de roches par les glaces à travers le continent.

Faire défiler les siècles, et voir, sur son écran, une modélisation de l’Europe avec des glaciers qui s’étendent comme de la peinture, qui recouvrent le continent pendant des millénaires, charriant des tonnes de sédiments et de roches, ou qui se rétractent – en fonction de la période.

C’est ce que permet le modèle d’évolution glaciaire IGM (Instructed Glacier Model), une nouvelle simulation – la première du genre avec une telle précision – réalisée par des glaciologues de l’Université de Lausanne (UNIL) dans le cadre du projet ICE.

Une modélisation plus précise que jamais

« On arrivait à faire ce genre de modélisation jusqu’à deux kilomètres de résolution, ce qui est largement insuffisant. Maintenant, avec les cartes graphiques, de composants d’ordinateurs qui sont à l’origine de l’avènement de l’intelligence artificielle, on arrive à faire une modélisation à 200 mètres de résolution. On arrive donc à modéliser la complexité des chaînes alpines et de notre paysage », explique Guillaume Jouvet, professeur à l’Institut des dynamiques de la surface terrestre de l’UNIL.

L’équipe lausannoise a même fait un pas de plus dans ces modèles. « Nous avons injecté des millions de particules, représentées par des points noirs sur la simulation, qui nous permettent de quantifier le transport des sédiments et des blocs erratiques par les glaciers à travers toutes les Alpes. Ce procédé nous permet ensuite de pouvoir estimer leur provenance, leur temps de transport, leur trajectoire, dans toute la Suisse », développe Tancrède Léger, chercheur à la Faculté des géosciences et de l’environnement de l’UNIL.

« La Pierre-à-bot, un gros bloc de granit qui trône depuis des siècles dans une forêt neuchâteloise, n’est pas fait de la même roche que celle qui constitue le massif calcaire sur lequel il est posé. Le granit se trouve dans les grandes chaînes de montagne, les Pyrénées, les Alpes. Alors, que vient faire ce rocher ici? C’est une question qui a taraudé pas mal d’esprits, pendant des siècles et des siècles », s’amuse Thierry Malvesy, conservateur en sciences de la terre au Musée d’histoire naturelle de Neuchâtel.

Contextualiser le réchauffement climatique

En son temps, le naturaliste suisse Louis Agassiz (1807-1873) s’était penché sur la question. En 1837, il présenta sa « théorie glaciaire », décrivant les mouvements des glaces et le transport des roches. Deux cents ans plus tard, son hypothèse est mise en images par des simulations d’une précision inégalée, qui permettent d’expliquer la morphologie actuelle de nos paysages. Mais pas seulement.

« Ce qui est important, c’est que cette modélisation nous permet de contextualiser le réchauffement climatique actuel dans le long temps des glaciations, qui est le vrai temps des glaciers. Et ce qu’on observe, c’est que le temps s’accélère, et que le réchauffement actuel se produit à une vitesse complètement inédite », alerte Guillaume Jouvet.

Un réchauffement climatique qui pourrait avoir pour conséquence, d’ici la fin du siècle, une disparition quasi complète des glaciers alpins.

Voir aussi Posts

Prochain article

Welcome Back!

Login to your account below

Retrieve your password

Please enter your username or email address to reset your password.

Add New Playlist