
Le 23 août 1976, d’immenses traces attribuées d’abord à des dinosaures, mais qui étaient celles de leurs ancêtres, les archosaures (ou archosauriens), sont découvertes dans une dalle au-dessus du lac d’Emosson (VS).
Trente ans plus tard, deux autres sites sont mis au jour, à Bas-Veudale d’une part – non loin du site originel, où l’alignement de quatre empreintes forment le début d’une piste – et dans le vallon d’Emaney d’autre part, à six kilomètres de là.
Pour accéder au site d’Emaney, il faut marcher une heure environ dans un paysage géologique somptueux, où se lit l’histoire de la Terre. Là, des paléontologues ont présenté au public le week-end dernier les secrets de ce site d’importance mondiale dans le domaine.
Proche du crocodile
« On a deux pistes de ces animaux [les archosaures] qui se déplaçaient il y a 240 millions d’années environ: on voit chaque fois le pied, la main, le pied, la main… », montre le conservateur de paléontologie au Muséum d’histoire naturelle de Genève Lionel Cavin devant la caméra du 19h30 de la RTS.
On connaît encore mal cet ancêtre des dinosaures. « C’était une espèce de crocodile qui marchait dressé sur ses pattes. Ça, on le sait parce que les pistes sont très étroites. D’autre part, il marchait sur la plante de ses pieds. Il posait son talon », explique le spécialiste aux visiteurs présents sur le site.
L’histoire de ces traces est liée à la géologie des lieux. « Il y a 240 millions d’années, ces animaux se déplaçaient sur une péninsule de sable, au milieu de la mer, et y ont laissé leurs traces. Il y a ensuite eu un plissement qui s’est formé lors de la formation des Alpes, il y a 30 millions d’années environ. Cette couche de sable s’est alors transformée en grès », une roche sédimentaire constituée par une agrégation de grains de sable, détaille Lionel Cavin.
Avec l’érosion causée par la pluie ou encore le mouvement des glaciers, ce grès est finalement apparu à la surface du sol, permettant aujourd’hui de distinguer nettement ces empreintes et d’émerveiller les promeneurs. Surtout que depuis peu, une image plus globale se forme.
Une « autoroute à archosaures »
« Pris ensemble, ces trois sites nous montrent que les mêmes pistes sont retrouvées à plus de six kilomètres les unes des autres. On avait donc probablement une sorte d’autoroute à archosaures qui se déplaçaient en ligne droite. Ce qu’on retrouve actuellement, ce sont des fragments de cette autoroute », image le paléontologue.
Et les découvertes ne sont probablement pas terminées, car avec la fonte précoce des névés et la disparition progressive des petits glaciers des environs, de nouvelles empreintes ne cessent d’apparaître.








