
Alors que l’épidémie d’Ebola continue de s’étendre en République démocratique du Congo (RDC), avec plus de 200 morts sur près de 900 cas suspects recensés en dix jours, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a relevé son niveau d’alerte. Face à l’inquiétude internationale, le virologue congolais Jean-Jacques Muyembe-Tamfum, co-découvreur du virus Ebola, appelle à la confiance et insiste sur la capacité du pays à contenir la crise.
« Nous révisons notre évaluation du risque, qui passe désormais à “très élevé” au niveau national, “élevé” au niveau régional, et “bas” sur le plan global », a déclaré vendredi 22 mai Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’OMS. Car au-delà de la RDC, l’inquiétude s’étend désormais à l’ensemble de la région. En Ouganda, trois cas ont récemment été annoncés, tandis que dix pays voisins sont désormais considérés à haut risque par l’Africa CDC en raison de l’intensité des mouvements transfrontaliers de population.
Le foyer de l’épidémie se situe dans le nord-est de la RDC, dans une province reculée et en partie contrôlée par des groupes armés. Un contexte qui complique considérablement l’accès des équipes humanitaires et l’organisation de la riposte sanitaire.
Pour Jean-Jacques Muyembe-Tamfum, directeur de l’Institut national de recherche biomédicale (INRB) à Kinshasa et co-découvreur du virus Ebola, la situation est sérieuse mais ne justifie pas l’emballement observé à l’échelle internationale. Interrogé par la RTS, le scientifique se dit «frappé» par ce qu’il décrit comme une « panique quasi mondiale». «Nous n’avons jamais eu une telle réaction mondiale. Ce n’est pas normal», estime-t-il. Selon lui, cette inquiétude excessive s’explique en partie par l’héritage laissé par la pandémie de Covid-19. Beaucoup confondraient encore les modes de transmission des deux maladies. «Beaucoup pensent qu’Ebola se transmet comme le Covid. Or, c’est tout à fait différent. Ebola ne se transmet pas par voie aérienne », rappelle-t-il.
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Sur le terrain, la lutte contre l’épidémie se heurte aussi à des défis sanitaires et sociaux majeurs. Les symptômes initiaux d’Ebola peuvent être confondus avec ceux d’autres maladies très répandues dans la région, retardant parfois le diagnostic. « Nous allons déployer les laboratoires de diagnostic, de sorte que les diagnostics se fassent le plus rapidement possible pour isoler les patients véritablement Ebola. Parce que, pour le moment, c’est la confusion entre les cas de paludisme, par exemple, ou fièvre typhoïde, avec Ebola, car ils présentent les mêmes symptômes au début », explique Jean-Jacques Muyembe-Tamfum.
Cette confusion a parfois alimenté la défiance d’une partie de la population envers les autorités sanitaires. Dans certaines localités, des tensions ont éclaté autour des centres de traitement, notamment à la suite de décès et de restrictions imposées lors des enterrements, moments particulièrement à risque en matière de transmission. Trois collaborateurs de la Croix-Rouge ont récemment perdu la vie dans ce contexte.
« Nous pouvons vite contenir cette épidémie »
Malgré l’absence, à ce stade, de vaccin ou de traitement spécifique contre le virus Bundibugyo – la souche actuellement en circulation –, Jean-Jacques Muyembe-Tamfum se veut rassurant. Il rappelle que plusieurs précédentes épidémies ont été maîtrisées sans vaccin, grâce à des mesures strictes de santé publique. « Avant 2018, ce sont des mesures telles que l’isolement des malades, les enterrements sécurisés et la protection du personnel soignant dans les hôpitaux, qui ont permis de briser la chaîne de transmission et de contrôler les épidémies», souligne-t-il. Le scientifique rappelle que la RDC en est à sa 17e épidémie d’Ebola et dispose d’une solide expérience dans la gestion de ce type de crise : « Nos épidémies antérieures étaient contrôlées, il n’y avait pas de médicament, pas de vaccin. C’est une question qu’on nous fasse confiance. Avec l’expertise que nous avons développée, nous pouvons vite contenir cette épidémie.»
Le virologue estime qu’avec le soutien des partenaires internationaux et des autorités nationales, l’épidémie pourrait être jugulée dans un délai de deux à trois mois. Mais pour y parvenir, il insiste sur une priorité immédiate : rattraper le retard pris dans la détection du virus, renforcer les systèmes de diagnostic rapide et améliorer la communication avec les populations locales. Pour Jean-Jacques Muyembe-Tamfum, la riposte ne pourra être pleinement efficace qu’en associant les communautés concernées. Informer, rassurer et impliquer les habitants reste, selon lui, l’une des clés pour freiner la propagation du virus.








