
Ces canicules ont des impacts concrets sur le corps en général, mais plus particulièrement sur le cerveau, et les capacités cognitives, de la capacité d’attention au temps de réaction, en passant par la patience, la lucidité et la mémorisation. Mais aussi sur des affections comme la dépression ou les tendances suicidaires.
Depuis plusieurs jours maintenant et ce n’est pas fini, une chaleur écrasante, qui impacte aussi le fonctionnement du cerveau : manque de lucidité, attention plus faible, difficultés à réfléchir, concentration perturbée, assimilation des informations plus lente, patience diminuée, temps augmenter pour prendre des décisions, fatigue…
D’après les études de la littérature scientifiques, les capacités cognitives peuvent baisser significativement, jusqu’à 10-15%, lors de fortes chaleurs. Et même 25 % dans des conditions expérimentales extrêmes (45–48 °C); ce chiffre de 25 % correspond à une baisse relative d’un indice composite (vitesse et précision), et non à une perte de 25 % des capacités intellectuelles. Une étude menée à Harvard lors d’une canicule a notamment observé un ralentissement de 13 % du temps de réaction chez des étudiants vivant sans climatisation.
Réponse du corps
Ce phénomène, les chercheurs l’expliquent de mieux en mieux : « La chaleur induit une dilatation des vaisseaux du système cardiovasculaires, si bien que moins de sang va jusqu’au cerveau, donc moins d’oxygène aussi, détaille Carmen Sandi, professeure de neurosciences au Brain Mind Institute de l’EPFL. On ressent alors de la fatigue, nos fonctions cognitives sont perturbées. Deuxièmement, la chaleur est un facteur de stress physiologique très important, qui déclenche une réponse du corps. Pour y faire face, nous utilisons alors beaucoup d’énergie, ce qui là aussi génère de la fatigue sur le long terme.»
Avec aussi parfois des effets en cascade : les canicules ont aussi des conséquences bien documentées sur la santé mentale et les comportements. Les personnes souffrant de troubles psychiatriques (dépression, schizophrénie, troubles bipolaires ou démence) présentent un risque accru de décompensation, avec une hausse des consultations d’urgence et des hospitalisations lors des épisodes de chaleur. Les recherches montrent également une augmentation du risque de suicide, estimée entre 1,4 % et 3,7 % pour chaque degré supplémentaire de température moyenne quotidienne.
La chaleur altère par ailleurs les fonctions cognitives impliquées dans le contrôle des émotions et des impulsions, favorisant l’irritabilité et l’agressivité. À l’échelle des populations, ces effets se traduisent par une hausse mesurable des violences interpersonnelles : une méta-analyse de 83 études publiée en 2024 estime qu’une augmentation de 10 °C est associée à environ 9 % de crimes violents supplémentaires. En revanche, il serait incorrect d’en conclure que la chaleur est une cause unique ou dominante de la criminalité. Les facteurs sociaux, économiques, éducatifs, culturels et liés aux inégalités restent beaucoup plus déterminants. La chaleur agit plutôt comme un facteur aggravant qui augmente la probabilité qu’un conflit dégénère.
« Nous ne sommes pas des machines »
Pour Carmen Sandi, tous ces effets des canicules sur les fonctions cognitives sont inévitables. Mais c’est peut-être nous, humains, qui y répondons mal : “En réalité, ce sont des adaptations humaines ancestrales pour braver la chaleur. Parce qu’elles sont physiologiques, elles disent à notre cerveau que nous devrions changer notre comportement, freiner le rythme, nous reposer. Mais il y a là une discordance : car on ne veut pas accepter cela. Nous nous voyons comme des machines… »
Autrement dit, penser à écouter un peu plus son corps, lorsque c’est compatible avec la vie quotidienne ou professionnelle.









